| L’eau, élément essentiel à la vie, représente une ressource dont la qualité et la quantité disponibles varient en fonction de facteurs naturels et des pressions anthropiques qu’elle subit. La ressource en eau morbihannaise est d’autant plus vulnérable que celle-ci trouve son origine principalement dans les eaux de surface (Cf. chapitre : “La géologie”).
Selon l’usage souhaité : consommation humaine ou animale, activités de loisirs, utilisation en agriculture, dans l’industrie… mais également en tant qu’écosystème réceptacle de la vie faunistique et fl oristique, l’eau doit respecter une certaine qualité, ou un bon état, selon le vocabulaire utilisé dans la Directive Cadre sur l’Eau -DCE- (Cf. chapitre : “La protection et la gestion de la ressource en eau et des milieux aquatiques”). Cette qualité est appréhendée par la mesure de |
paramètres physico-chimiques, biologiques, et comparée à des normes prédéfinies ou des états de référence. Lorsqu’au regard d’une utilisation ou d’une destination souhaitée, la qualité de l’eau n’est pas jugée acceptable, on parle alors de phénomène de pollution.
Outre les pollutions, les pressions exercées sur le milieu aquatique peuvent également avoir des impacts importants, perturbant durablement l’écosystème aquatique et ses annexes (morphologie et fonctionnement). Parmi les principales causes identifiées, les prélèvements, influençant le régime hydrographique, et les aménagements modifiant la continuité des cours d’eau et les conditions hydromorphologiques demeurent prépondérants. |
Les pollutions
| Une pollution se manifeste par l’existence en quantité anormale d’éléments naturellement présents ou pas dans l’eau. Les principales substances incriminées dans le Morbihan sont d’origine physico-chimique (nitrates, phosphore, phytosanitaires) et organique dont la source, selon l’importance et le contexte, provient d’activités agricoles, industrielles ou domestiques.
La mesure d’une pollution et son importance peuvent s’apprécier selon les objectifs recherchés. L’aptitude à la consommation humaine et l’aptitude à recevoir une vie biologique (qualité des milieux) sont généralement les deux principaux objectifs. Concernant la consommation humaine, la qualité de l’eau est mesurée soit dans les eaux destinées à être consommées (“l’eau du robinet”), soit dans l’eau brute utilisée pour la production d’eau destinée à la consommation humaine, c’est-à-dire avant traitement de potabilisation. Selon les paramètres et au-delà de certaines valeurs seuils, cette eau brute peut être déclarée impropre à la consommation. |
Selon l’orientation choisie, les critères et surtout les valeurs seuils font référence à des réglementations différentes.
Pour la consommation humaine, les instances chargées de l’évaluation et de la réglementation des eaux s’appuient sur un arrêté du 11 janvier 2007 relatif “aux limites et références de qualité des eaux brutes et des eaux destinées à la consommation humaine mentionnées aux articles R1321-22, R1321-3, R1321-7 et R1321-38 du Code de la santé publique”. En ce qui concerne la qualité biologique des cours d’eau, son appréciation, en référence à la Directive Cadre sur l’Eau du 23 octobre 2000, s’appuie sur la circulaire DCE 2005/12 du 28 juillet 2005 relative “à la définition du bon état et à la constitution des référentiels pour les eaux douces de surface”, elle-même complétée par la circulaire 2007/23 “Norme de Qualité Environnementale provisoire (NQEp)”. Ces valeurs sont intégrées dans le Système d’Evaluation de la Qualité des Eaux (SEQ eau). |
La qualité des eaux douces de surface
Les nitrates
Origine
| Les nitrates (NO3-) dans le Morbihan ont comme principale origine l’agriculture et, de manière plus restreinte, les rejets de stations d’épuration. Concernant l’agriculture, ils sont utilisés comme nutriments pour la fertilisation des cultures, apportés soit sous forme | minérale (engrais chimique), soit sous forme organique (fumier, lisier). Les nitrates sont solubles ; lors d’apports mal adaptés ou décalés par rapport aux besoins des plantes, ils migrent facilement par lessivage dans les eaux de surface (rivière, plan d’eau) | mais peuvent également rejoindre les aquifères (eaux souterraines). Ce lessivage est favorisé lors d’événement pluvieux et par l’absence de culture. |
Etat des lieux
| Le Morbihan, comme l’ensemble des autres départements bretons, a enregistré depuis les années 1970 une augmentation croissante des concentrations en nitrates de ses eaux.
Ces évolutions de concentration et de flux font l’objet de nombreux suivis (Cf. chapitre : “La protection et la gestion de la ressource en eau et des milieux aquatiques”), soit pour l’eau brute (superficielle et nappe), soit pour l’eau potable. L’arrêté du 11 janvier 2007 fixe une valeur limite de 50 mg/l, au delà de laquelle l’eau brute ne peut pas être utilisée pour la production d’eau destinée à la consommation humaine. Cette valeur seuil est cependant accompagnée d’une valeur guide fixée à 25mg/l. En terme d’état écologique, la concentration en nitrates doit être comprise entre 10 et 50 mg/l pour être classée en bon état. Pour le Morbihan, le suivi des eaux brutes superficielles en 2007 (Cf. Carte 1) présente des concentrations moyennes relativement importantes comprises entre 25 et 50 mg/l, pour de nombreux cours d’eau. Par ailleurs, certains, comme l’Evel, l’Oust amont, dépassent le seuil des 50 mg/l. |
Carte 1 : Concentration en nitrates des eaux superficielles |
| Sur la dernière décennie, l’évolution des concentrations moyennes annuelles relevées aux prises d’eau superficielles a tendance à se stabiliser, voire à régresser. Cependant, pour quelques exceptions, cette concentration moyenne continue à augmenter. |
Le phosphore
Origine
| Le phosphore (P) se trouve à l’état naturel dans les sols et les eaux. Il est présent dans l’environnement sous forme dissoute et particulaire et ne possède pas de phase gazeuse. En dehors d’une élimination “physique”, par ruissellement principalement, le phosphore a donc tendance à s’accumuler et à constituer des stocks. Les sources d’apport dans les écosystèmes aquatiques ont trois origines, dont les parts respectives | restent, (sources ponctuelles) et agricoles (sources selon les cas, diffi ciles à estimer. Il s’agit des apports industriels, domestiquesdiffuses et ponctuelles). En ce qui concerne le Morbihan, comme pour l’ensemble de la Bretagne, la source principale reste l’agriculture (60-80%).
La contribution des déjections animales, par rapport aux apports sous forme minérale (engrais chimiques) tend à augmenter. Ceci |
s’explique en grande partie par une modifi- cation des pratiques agricoles cette dernière décennie.
Il n’existe cependant pas à ce jour de corrélation simple entre le développement d’élevage et les taux de phosphore dans les eaux de surface morbihannaises. Les conditions de transfert (érosion, ruissellement) sont également déterminantes dans les flux (Bertrand & al, 2005). |
Etat des lieux
| De manière similaire aux nitrates, les concentrations en phosphore ont progressivement augmenté dans les écosystèmes aquatiques au cours des décennies d’après guerre. Cependant à l’inverse du paramètre nitrates, l’augmentation des taux de phosphore dans les eaux marque une certaine stagnation, voire régression depuis ces 25 dernières années. Il n’en est cependant pas de même pour les teneurs dans les sols qui ne cessent d’augmenter (Cf. chapitre : “L’agriculture”).
Les eaux sont classées en bon état écologique pour des concentrations en phosphore total comprises entre 0.05 et 0.2 mg/l. Le suivi des eaux brutes superficielles en 2008 (Cf. Carte 2) présente globalement des concentrations comprises entre 0,05 et 0,2 mg/l. Plusieurs cours d’eau ont cependant en valeur maximale des teneurs comprises entre 0,2 et 0,5 mg/l. A noter qu’il n’existe pas de norme (teneur) en phosphore total vis-à-vis des eaux brutes et des eaux destinées à la consommation humaine. |
Carte 2 : Concentration en phosphore total des eaux superficielles |
Impacts des pollutions azotées et phosphatées : eutrophisation et cynaobactéries
| Les formes de pollution liées à l’eutrophisation sont nombreuses. Le facteur explicatif principal est l’excès d’apports en éléments nutritifs. Associés à des conditions climatiques favorables (fortes chaleurs, éclairement) et à certaines situations morphodynamiques (faible débit, eau stagnante), les phénomènes d’eutrophisation sont amplifiés. Si l’eutrophisation et la prolifération de cyanobactéries en particulier sont dues à la conjugaison de plusieurs polluants et plusieurs facteurs, l’élément clé reconnu de ces phénomènes en eau douce est l’excès de phosphore. |
Efflorescence de cyanobactéries |
| En tout état de cause, les principales formes de pollution se caractérisent par une croissance algale importante, qui détermine le phénomène d’eutrophisation. Dans les conditions climatiques et morphodynamiques les plus favorables, le phénomène provoque une accumulation d’algues avec à terme une asphyxie croissante du milieu. Les conséquences sont nombreuses tant sur les écosystèmes (perturbation des habitats, de la faune et de la flore), que pour l’homme et ses activités économiques et de loisirs.
L’eutrophisation peut provoquer des blooms d’algues microscopiques. Les cyanobactéries, |
encore appelées “algues bleues”, sont particulièrement suivies car elles sont susceptibles de produire des toxines. En fonction des toxines produites, les effets potentiels s’exercent principalement sur les systèmes hépatiques, nerveux, la peau, l’appareil gastro-intestinal ou le système respiratoire.
De manière induite, les proliférations de cyanobactéries ont des conséquences non négligeables sur les activités économiques, avec, par exemple, la fermeture de lieux debaignade et de centres de loisirs ou la nécessité de traitements supplémentaires |
lors de production d’eau potable. Selon le nombre de cyanobactéries (seuils de 20 000 et 100 000 cellules/ ml) et les teneurs en toxine (microcystines, seuil de 25 μg/l), plusieurs niveaux de mesures de gestion sont préconisés (avis du Conseil Supérieur de l’Hygiène Publique de France (CSHPF) du 6 mai 2003 et du 6 juillet 2004) qui vont, pour les eaux de baignade et d’activités nautiques, d’obligations d’information du public pour le niveau le moins contraignant à l’interdiction de baignade pour le niveau de risque le plus élevé. |
| Concernant l’eau distribuée (AEP), le code de la santé public fixe à 1 μg/l la valeur maximale de microcystines présentes. Les suivis dans le Morbihan ces dernières années mettent en évidence des situations contrastées où les conditions climatiques et les apports en nutriments influent sur le niveau de contamination (Cf. Carte 3).
Le suivi réalisé depuis 2003 par les services de la DDASS fait apparaître une tendance à l’accroissement du phénomène (DRASS 2005 à 2009, Bertrand 2005, Jarron 2007). |
Plusieurs sites morbihannais ont fait ou font également l’objet de suivi en dehors du réseau de la DDASS (Etangs de la forêt (Brandivy), du Dordu (Langoëlan), de Pen Mur (Muzillac), d’Aleth (Saint- Malo de Beignon), du Bolan (Réguiny)).
Le littoral, exutoire des cours d’eau, est également depuis de nombreuses années affecté par l’eutrophisation qui se caractérise par la présence de macroalgues. Ce phénomène, communément dénommé “marées vertes”, est du à l’apport de nitrates en eau salée, associé à certaines conditions (situation abritée de certaines anses et faible profondeur...) (Cf. ”Les marées vertes”). |
|
Carte 3 : Résultat du suivi sanitaire des cyanobactéries dans le Morbihan de 2007 à 2009 |
La matière organique
Origine
| “La matière organique (MO) est l’ensemble des molécules contenant du carbone (C), issues des organismes vivants ou les constituant” (Aurousseau, 2005).
Dans les écosystèmes aquatiques, les sources principales d’apports sont soit |
une production directe (autochtone), issue de la décomposition des plantes, des animaux et de la biomasse microbienne, soit une production indirecte (allochtone) issue des sols, de la chute des feuilles ou des rejets urbains.
Selon le contexte, la part respective entre |
les apports interne et externe varie. Les phénomènes d’eutrophisation (Cf. ”Le phosphore”) sont une cause directe de la surproduction végétale, notamment algale, au sein des écosystèmes aquatiques. |
Etat des lieux
| Le taux de matière organique dans l’eau est évalué soit par des analyses de teneur en carbone, soit par des mesures d’oxydabilité. La Demande Chimique en Oxygène (DCO) est couramment utilisée pour suivre le paramètre matière organique.
L’arrêté du 11 janvier 2007 (Cf. ”Les nitrates”) fixe un taux maximal de 30 mg/l pour les eaux douces. La DCE fixe une fourchette comprise entre 20 et 30 mg pour le classement en “bon état”. Le suivi des eaux brutes superficielles du Morbihan en 2008 (Cf. Carte 4) présente globalement des concentrations moyennes inférieures à 30 mg/l. Les valeurs élevées, notamment pour certains maximums, sont à mettre en corrélation avec les pics de concentrations en nitrates, la production de matière organique autochtone étant fortement influencée par le phénomène d’eutrophisation. Les cours d’eau côtiers présentent des concentrations globalement plus élevées qu’à l’intérieur. Cet effet littoral peut être mis en relation avec une densité de population et des rejets collectifs plus élevés. |
Carte 4 : Demande Chimique en Oxygène (DCO) des eaux superficielles |
Impacts des pollutions en matière organique
| La présence de matière organique en grande quantité dans les eaux a de nombreuses conséquences. Parmi les plus remarquables, la baisse de volume des retenues par la production et la sédimentation des débris organiques et l’asphyxie de l’écosystème constituent un problème sensible (Gruau & al., 2004). | Outre cette baisse quantitative d’eau utile, cela provoque sur le plan technique et dans le cadre de l’exploitation et de la distribution des eaux, des inconvénients importants nécessitant des traitements spécifiques par filtration, engendrant des surcoûts de production. La seule présence de matière organique peut dans certains cas être | responsable d’odeur et de goût. Elle peut également se combiner avec des résidus de pesticides et retarder ainsi leur dégradation. Par ailleurs, dans le cadre de traitements de potabilisation, la matière organique associée au chlore peut former des composés cancérigènes tels que les trihalométhanes ou les acides haloacétiques. |
Les pesticides
Origine
| Sont désignées comme pesticides, toutes les substances naturelles ou de synthèse susceptibles de limiter ou détruire les organismes vivants indésirables et/ou nuisibles (animal, végétal, microbien…). Ils sont utilisés dans des applications multiples et variées : agricoles, domestiques et industrielles. En agriculture, le terme phytosanitaire est souvent préféré. Il comprend notamment les herbicides (végétaux), les fongicides (champignons) et les insecticides (insectes).
Un pesticide est généralement composé de trois éléments que sont la matière active |
(molécule), le diluant et l’adjuvant. Ses propriétés, mais également son caractère polluant, sont liés à la nature de sa ou ses matières actives et de l’adjuvant. On désigne sous le terme générique de “résidus de pesticides” la part concourant à la pollution. Ce terme pouvant lui-même être décomposé en “résidus de produits phytosanitaires”, pour la part agricole et “résidus de biocides” pour le reste.
Les pesticides se trouvent aujourd’hui dans tous les compartiments (eau, sol, air), la faune, la flore, sous une forme native ou |
dégradée (métabolite). L’origine ou la source principale des résidus de pesticides dans les eaux est l’agriculture, mais la présence de certaines molécules souligne également une utilisation mal adaptée par les particuliers et les collectivités. Le transfert vers les eaux est favorisé par les événements pluvieux et leurs conséquences : ruissellement, infiltration. Les résidus peuvent également rejoindre les écosystèmes aquatiques par recombinaison après volatilisation des produits pendant l’utilisation. |
Etat des lieux
| Conformément à la législation, les contrôles et analyses portent sur de nombreuses matières actives. L’arrêté du 11 janvier 2007 (Cf. ”Les nitrates”) fixe un taux maximal de 2 μg/l par substance individuelle et 5 μg/l pour la somme des substances, pour les eaux brutes destinées à la production d’eau potable. Au-delà de ces valeurs, l’eau, sauf autorisation exceptionnelle délivrée par le préfet après avis du Conseil supérieur d’hygiène publique de France (CSHPF), ne peut-être utilisée pour la production d’eau potable. L’eau, issue d’une potabilisation destinée à la consommation humaine, ne doit pas dépasser par substance 0,1 μg/l, avec la somme des taux individuels inférieure à 0,5 μg/l.
A l’échelon de la Bretagne, la CORPEP (Cellule d’Orientation Régionale pour la Protection des Eaux contre les Pesticides) a mis en évidence 43 molécules, dont près de la moitié dépassant le seuil de 0,1 μg/l. Le CORPEP classe les matières actives selon leur grand type d’action. Le glyphosate, l’AMPA (métabolite du glyphosate) et le diuron sont classés comme “traitements herbicides généraux et en zone non agricole”. Ils sont utilisés en agriculture avant et après mise en culture, et pour le désherbage des zones non agricoles par les particuliers et les collectivités. L’isoproturon est classé “herbicides sélectifs du maïs” et l’atrazine (retrait de la molécule en 2003) “herbicides sélectifs des céréales”. Ces deux molécules ont des usages exclusivement agricoles. Après avoir connu une diminution générale des fréquences de dépassement en 2006 (Cf. Figure 1), certaines molécules, comme le glyphosate, sont retrouvées plus fréquemment en 2007. Ces taux de dépassement pour le glyphosate et de sa molécule de dégradation : l’AMPA sont particulièrement mis en évidence et reflètent les modifications d’usage aux cours des dernières années. En 2008, 71% des cas n’ont pas dépassé une concentration maximale en glyphosate de 0,1 μg/l et 29% sont compris entre 0,1 et 0,4 μg/l (Cf. Carte 5). L’AMPA est trouvé plus régulièrement à des teneurs plus élevées : quatre prises d’eau ont atteint un taux maximal compris entre 0,4 et 2 μg/l, et une supérieure à 2 μg/l. Concernant le diuron, l’ensemble des prises d’eau ne dépasse pas les 0,1 μg/l. L’isoproturon est trouvé dans 3 prises d’eau, à des concentrations maximales comprises entre 0,1 et 0,4 μg/l. |
Figure 1 : Evolution des fréquences de quantification de quelques molécules Source : CORPEP
Carte 5 : Teneur maximale de produits phytosanitaires aux prises |
Impacts des pollutions
| Les pollutions par les résidus de pesticides peuvent avoir un impact sur les écosystèmes et la santé humaine. Dans le premier cas, cela se traduit directement par la perturbation des populations de faune et flore non cibles et la contamination de l’environnement proche. Bien que visibles et souvent spectaculaires (mortalité piscicole, végétation brûlée…), les effets aigus, liés à une forte toxicité, ne sont pas les seuls à affecter l’environnement aquatique. Les effets dits retardés, par toxicité chronique, peuvent se révéler tout aussi importants et destructeurs dans le temps. L’accumulation, par effets cumulés chez les organismes vivants, par des apports répétés, peut ainsi entraîner la régression, voire la disparition d’espèces (difficultés croissantes à se reproduire) et éroder ainsi la biodiversité, ou avoir des effets sur la génétique des espèces (ex : modification du sexe de certains batraciens et mollusques).
L’impact est également indirect sur la faune terrestre qui, par des phénomènes d’absorption, après abreuvement par exemple, peut être touchée. |
Concernant l’impact sur la santé humaine, la pollution des eaux, selon le niveau d’exposition (aigüe ou chronique), peut provoquer des effets indésirables différents. Les effets aigus se manifesteront par des irritations, des réactions allergiques, des toux, des gênes respiratoires…
A plus long terme, l’exposition et l’absorption répétées de résidus de pesticides peuvent être vecteurs de cancers, de troubles de la reproduction et de perturbations neurologiques. De manière plus générale, de nombreuses substances, d’origine naturelle ou anthropique, regroupées sous le terme “perturbateurs endocriniens” peuvent agir sur le système hormonal humain et animal. A ce jour, l’état de la connaissance (toxicité, exposition, mécanismes de perturbations, fonctionnement…) ne permet pas d’évaluer les risques potentiels liés aux perturbateurs endocriniens. Plusieurs programmes de recherche sont actuellement en cours. Leurs résultats pourraient à terme permettre de dresser une liste de substances à suivre et déterminer les seuils de risque. |
|
La qualité des eaux souterraines
| La confi guration géologique du Morbihan ne permet pas le stockage d’eau sous la forme de nappes phréatiques importantes. On peut cependant trouver ponctuellement des réserves plus ou moins conséquentes au sein de réseaux de fracturation (Cf. chapitre : “L’eau”). Ces réserves peuvent être soumises à des pressions se traduisant par des phénomènes de pollutions.
Les nitrates : En 2008, 51 points de captage utilisés à la production d’eau destinée à la consommation humaine ont fait l’objet de suivi de qualité d’eau. Les concentrations maximales et moyennes présentent une situation 2008 hétérogène sur l’ensemble du département (Cf. Carte 6). 26 captages ont des valeurs maximales comprises entre 25 et 50 mg/l, 20 captages ont des valeurs inférieures à 25 mg/l. Cinq captages dépassent la valeur seuil de 50 mg/l interdisant, ou tout au moins suspendant, l’exploitation à vocation d’eau potable. |
Carte 6 : Concentration en nitrates des captages utilisés pour la production |
La qualité des eaux marines et estuariennes
Les estuaires
| Le suivi de la qualité des eaux estuariennes porte sur de nombreux paramètres. A ce jour cependant, l’évaluation et l’interprétation de la qualité des eaux des estuaires ne peuvent pas s’appuyer sur des normes établies faute de référentiel. Ces évaluations de qualité se fondent sur le résultat de travaux de recherche qui préconisent de tenir compte de trois éléments : la bactériologie (Escherichia Coli), les teneurs en ammoniaque et l’oxygène dissous.
Durant la période 2002 - 2004, la qualité bactériologique des estuaires morbihannais reste peu satisfaisante avec des taux qualifiés de “médiocre” à “mauvais” (Cf. Carte 7). Elle s’améliore depuis (période 2005-2007), notamment grâce aux efforts faits en termes de performance et de mises aux normes des systèmes d’assainissement, les pics devenant plus ponctuels, en lien avec des accidents de rejets urbains via les stations d’épuration. Ce risque de dégradation est plus fort en période estivale, en raison d’une augmentation de population. Les teneurs en ammoniaque et oxygène dissous évaluent respectivement la toxicité des eaux et la capacité à recevoir de la vie biologique. Les teneurs se situent dans des fourchettes de valeur entre “moyenne” et “bonne”. |
Carte 7 : Qualité des eaux estuariennes du Morbihan |
Les plages et la baignade
| La qualité des eaux de baignade s’apprécie principalement par la bactériologie de ses eaux (coliformes totaux, Escherichia coli, streptocoques fécaux). Les normes relatives à cette évaluation découlent du décret du 7 avril 1981 (modifié par le décret n° 91-980 du 20 septembre 1991) qui a repris les dispositions de la directive CEE du 8 décembre 1975.
Au même titre que les eaux estuariennes, les zones de baignade bénéficient de l’amélioration des systèmes d’épuration et d’assainissement des communes mais également des particuliers. En 2008, 123 points de baignade ont fait l’objet de suivi. Ces contrôles ont donné lieu au classement, au regard de la directive européenne du 5 décembre 1975, de 57 points (46%) en “eau de bonne qualité”; de 58 points (47%) en “eau de qualité moyenne” et 8 points (6,5%) en “eaux pouvant être momentanément polluées” (Cf. Carte 8). |
Une fréquentation élevée du littoral en été... |
|
Carte 8 : Qualité des eaux de baignade du Morbihan en 2008 |
Les marées vertes
| Les marées vertes sont dues à la prolifération d’algues vertes de type Ulva. Ces proliférations sont liées au phénomène d’eutrophisation (Cf. “Impacts des pollutions azotées et phosphatées”). Elles sont favorisées dans les eaux peu profondes et où l’hydrodynamisme est faible.
Dans le cas spécifique des marées vertes en milieu marin (contrairement à l’eutrophisation en eau douce), le phosphore apparaît toujours en quantité suffisante pour alimenter le phénomène et seul le dépassement d’un seuil de concentration en nitrates explique le déclenchement de la prolifération. Un suivi du phénomène est réalisé par le Centre d’Etude et de Valorisation des Algues (CEVA) dans le cadre du programme Prolittoral. Au regard des volumes ramassés par les communes, traduisant l’effort consenti par celles-ci, le département du Morbihan reste, jusqu’à présent, moins touché par le phénomène que les Côtes d’Armor et le Finistère (Cf. Figure 2). |
Figure 2 : Evolution du volume d'algues vertes ramassé et du nombre de Source : CEVA 2008 |
| En 2008, le suivi des surfaces touchées par des échouages d’ulves (Cf. Carte 9), effectué dans le cadre du programme Prolittoral, met en évidence plusieurs sites touchés.
La surface cumulée des plages touchées varie de quelques centaines d’ares à plusieurs dizaines d’hectares. Les surfaces maximales mesurées sur vasières peuvent atteindre, en un seul inventaire, quelques hectares à plusieurs centaines d’hectares. |
Carte 9 : Suivi des échouages d'ulves en Morbihan en 2008 |
Les zones d'élevage et de pêche à pied
Elevage ostréicole sur table |
| La qualité des zones de production conchylicole et de pêche à pied tient compte de la qualité biologique et chimique de leur eau.
La synthèse des suivis de contrôles bactériologiques 2008 présente une situation générale satisfaisante en ce qui concerne les coquillages fouisseurs : coques et palourdes (Cf. Carte 10), tant pour l’élevage que pour la pêche à pied. Respectivement un point est classé médiocre pour la production et un site est interdit à la pêche à pied. |
Carte 10 : Qualité bactériologique des coquillages fouisseurs en Morbihan en 2008 |
| La qualité des classements pour les coquillages non fouisseurs en 2008 (huîtres et moules), malgré un recul sensible par rapport aux années 2004-2005, reste dans son ensemble comprise entre “bon” et “satisfaisant”, pour la production et entre “pêche à pied autorisée” et “pêche à pied tolérée”
pour un usage récréatif (Cf. Carte 11). Cependant la comparaison de ces classements sur la dernière décennie montre une dégradation générale de la qualité microbiologique. A titre d’exemple, près de 70% des zones de production conchylicoles d’huîtres et de moules ont perdu le classement en “bonne qualité” entre 2001 et 2008. |
Carte 11 : Qualité bactériologique des coquillages non fouisseurs en Morbihan en 2008 |
L'atteinte aux habitats
| Les paramètres physico-chimiques avec des objectifs de qualité ont longtemps été considérés comme unique “juge de paix” dans l’évaluation des eaux. Avec la mise en oeuvre de la DCE et son classement par masse d’eau (Cf. chapitre : “La protection et la gestion de la ressource en eau et des milieux aquatiques”), l’évaluation doit également tenir compte de paramètres environnementaux. L’évaluation finale prend la forme d’une mesure de l’écart à une référence fixée par type de masse d’eau, | et résultant du croisement (le plus limitant) entre l’état chimique et l’état écologique. L’hydromorphologie constitue un facteur essentiel et limitant dans l’atteinte du bon état écologique. Plusieurs pressions peuvent la modifi er et en altérer ses caractéristiques. Sur le même principe que l’évaluation DCE, les altérations sont évaluées par la méthode “réseau d’évaluation des habitats”, mise au point par le Conseil Supérieur de la Pêche Bretagne | -Basse Normandie. Elle consiste, par comparaison à un état de référence d’un milieu naturel de même type écologique (au regard d’exigences d’un peuplement piscicole de référence), à expertiser l’altération de l’habitat naturel considéré par compartiment (débit, ligne d’eau, lit, berges/ripisylve, continuité, annexe/ lit majeur), et à en cerner les principales sources de pression. |
Les débits
| La situation dressée par l’ONEMA (Office National de l’Eau et des Milieux Aquatiques) pour le Morbihan (Cf. Carte 12) fait apparaître des niveaux d’altération différents selon les cours d’eau. Peu sont exempts d’altération, avec des conséquences sur les variations de débit, et des accentuations sur l’intensité des étiages et des crues.
Dans le cas de forts étiages, le phénomène peut être accentué par les prélèvements d’eau à usage de production d’eau potable, pour l’industrie ou l’agriculture. Dans le Morbihan, le volume d’eau prélevé en 2003 était de l’ordre de 76 millions de m3 (source AELB). Les parts contributives des prélèvements étaient de 84% pour l’alimentation en eau potable, 11% pour l’industrie et 5% pour l’agriculture, et près de 82% du total provenaient d’eau de surface. |
Carte 12 : Altération du compartiment débit des principaux cours d'eau |
| La consommation journalière d’un français est de l’ordre de 150 à 200 litres d’eau.
Cependant, ces chiffres restent difficiles à apprécier en terme d’impact sur les débits, dans la mesure où les conditions de prélèvements et de restitution ne sont pas comparables selon les usages. Il est par exemple souvent considéré que la part |
restituée au milieu aquatique par l’industrie est importante alors que l’agriculture restitue peu ses prélèvements. Les prélèvements ne sont pas la seule cause de modification des débits. Ceux-ci peuvent également être modifiés par des impacts indirects, conséquence d’aménagements sur le bassin versant, visant à retenir, ralentir, ou | à l’inverse accélérer la circulation d’eau. Parmi les principales causes, le drainage, l’arasement du bocage, le comblement de zones humides, l’imperméabilisation des sols, la création de retenue d’eau… contribuent à la modification des régimes hydriques. |
La morphologie du lit
| La qualité morphologique du lit d’un cours d’eau influence fortement l’aptitude des habitats à recevoir une vie biologique, notamment piscicole. Les principaux paramètres pouvant être altérés sont la sinuosité, la granulométrie (répartition entre éléments fins et grossiers), la stabilité des fonds…
De nombreux travaux peuvent contribuer à l’altération de ces paramètres : rectification, curage, extraction de matériaux, pose de buses… Outre l’impact direct sur la morphologie, ces travaux ont également un effet induit sur le débit, favorisant l’accélération des flux d’eau augmentant, en aval les risques (aléa et vulnérabilité) de crues et d’inondations (Cf. chapitre “Les risques naturels et technologiques”), ou à l’inverse la diminution des zones de frayère propices à la reproduction d’espèces comme le brochet. Pour le Morbihan, le bilan “Réseau d’évaluation des habitats” concernant l’altération du lit, présente en dehors des cours d’eau classés en “masses d’eau fortement modifi ées” une situation globale d’altération moyenne à bonne. Seuls quelques cours d’eau présentent une situation d’altération élevée (Cf. Carte 13). |
Carte 13 : Altération du compartiment lit des principaux cours d'eau |
La continuité biologique et sédimentaire
| La présence d’obstacles représente une contrainte forte pour la vie piscicole, particulièrement pour les espèces migratrices. Elle est également contraignante pour la libre circulation des sédiments. Lors du classement des masses d’eau demandé par la DCE, outre les problèmes de qualité chimique, sur certains secteurs, la continuité a été identifiée, pour le Morbihan, comme un problème important mettant en doute l’atteinte du bon état en 2015. |
Carte 14 : Principaux obstacles à la continuité des cours d'eau |
| L’absence de continuité, principale cause d’impossibilité de circulation des espèces migratrices, peut avoir deux origines. La première est liée à la présence sur l’année hydrologique d’une période d’assecs (absence d’eau permettant la circulation). La seconde est due à la présence d’obstacles physiques (barrage, bief interdisant la circulation, buses…) sur le cours d’eau (Cf. Carte 14).
Afin de faciliter le franchissement, plusieurs ouvrages peuvent être équipés d’aménagements spécifi ques (passe à poisson, échelle…). Selon les espèces, ces aménagements faciliteront leur migration. |
Obstacle lié à un vannage |
Synthèse et enjeux
| Evalué lors de l’état des lieux de la DCE, le département du Morbihan reste à bien des égards, à l’échelle du bassin versant Loire Bretagne, un département relativement préservé. De nombreux cours d’eau et milieux aquatiques annexes possèdent des conditions pour recevoir une faune piscicole, notamment migratrice (saumon, alose, anguille) de premier ordre. Ce classement ne doit cependant pas masquer les dégradations subies au cours du temps par ces milieux.
L’eau et les milieux aquatiques morbihannais supportent des pressions dont l’origine anthropique (agriculture, industrie, domestique) est importante. La qualité physico-chimique de l’eau, après |
avoir connu une dégradation continue au cours de ces trente dernières années, se stabilise pour certains paramètres (phosphore, matière organique). Ces résultats sont à corréler avec les actions de lutte développées (réponse), mais dépendent également des conditions hydrologiques rencontrées. De bonnes conditions hydrologiques peuvent parfois masquer certains phénomènes (baisse ponctuelle liée à des dilutions). Les nitrates, quant à eux, avec des concentrations élevées, restent un paramètre souvent identifié comme dégradant pour la qualité des eaux.
Les produits phytosanitaires sont également régulièrement détectés dans les eaux |
brutes. Plusieurs molécules (glyphosate, AMPA, isoproturon…) dépassent régulièrement la norme des 0,1 μg/l.
La morphologie de certains cours d’eau et la continuité biologique et sédimentaire ont subi de fortes dégradations au cours du temps. Cela se traduit par des cours d’eau recalibrés et incisés, où les conditions de vie piscicole ne sont pas toujours optimales. Afin de conserver les zones préservées, mais également de regagner des territoires aujourd’hui dégradés, de nombreuses actions sont mises en oeuvre depuis plusieurs années (Cf. chapitre : “La protection et la gestion de la ressource en eau et des milieux aquatiques”). |
Sources et liens
|
|
cybtechnologie.com/OBSEAU56_0001 www.bretagne.developpementdurable.gouv.fr www.cnrs.fr/cw/dossiers/doseau www.draf.bretagne.agriculture.gouv.fr/corpep www.developpement-durable.gouv.fr |



